dimanche 4 juin 2017

Les Cahiers d'Esther

Esther a 10 ans, vit à Paris, fréquente une école privée, et chaque semaine, elle raconte des épisodes de sa vie quotidienne, avec sa mère (plutôt sympa), son père (l'idole de ses jours) et son frère aîné (un ado tout blaireau).

Après La vie secrète des jeunes et Le retour au collège, Riad Sattouf continue donc sa radiographie de la jeunesse contemporaine en se penchant sur une petite fille (presque une pré-adolescente) et fait mouche à nouveau. Mais cette fois-ci le regard affuté de Sattouf se double d'une tendresse inédite pour sa jeune protagoniste (par contre le frangin ado en prend plein la tronche, déjà parce qu'on ne se refait pas, et d'autre part parce que j'imagine que sa petite soeur ne le loupe pas dans ses comptes-rendus hebdomadaires...). Au final, les histoires d'Esther sont à l'image de la couverture de l'album, en équilibre entre naïveté, drôlerie, une certaine cruauté impitoyable et parfois aussi du grand n'importe quoi difficilement compréhensible à nos yeux d'adultes.

Chez nous ce livre a pris une saveur toute particulière, puisque n°1, ma lectrice testeuse, a le même âge et le même prénom que l'héroïne de Sattouf  (la vérité !). Du coup on a pas mal discuté de l'album ensemble, et j'ai pu constater que mon Esther partage les mêmes préoccupation que son alter-ego de papier (et notamment de savoir quand elle aura enfin un téléphone), même si elle m'a rassurée sur le fait que dans son école, on ne dit pas autant de gros-mots quand même (Oh ça va, je peux bien la croire encore un peu hein...).

Les cahiers d'Esther (deux tomes déjà sortis, pour 10 et 11 ans), de Riad Sattouf, une BD à partager avec son pré-adolescent à partir de 10 ans.


dimanche 28 mai 2017

Le Worldshaker

Le Worldshaker est un navire-monde, une immense carcasse métallique qui héberge près de douze mille personnes. Ce bateau à vapeur gigantesque et en mouvement perpétuel transporte ce qui reste de l'aristocratie britannique après que des décennies de guerres aient ravagé le vieux continent. Tout en haut on y trouve les classes supérieurs, oisives et servies par le petit peuple des Larbins, créatures silencieuses et manifestement lobotomisées. Loin en bas, ce sont les Immondes, esclaves modernes enfermés dans les cales du navire et tout juste bons à le faire tourner.

Colbert (on dit Col) Porpentine a 16 ans, et il fait partie de la haute. De la très haute même, puisqu'il est destiné à prendre un jour la suite de son grand-père, commandeur suprême du Worldshaker. Mais une nuit, Col fait la connaissance de Riff (tout court), Immonde en fuite, et voilà que son monde bascule. Col va découvrir la part d'ombre du l'univers parfait où il a grandi jusqu'ici (et accessoirement que sa mamie-gâteau préférée émarge au club des joyeux psychopathes). Dans les soutes du navire la révolte gronde, que va-t-il advenir du Worldshaker ?

Voilà un très chouette roman placé dans une ambiance victorienne steampunk, mais dont les préoccupations sont profondément contemporaines. On y trouve également deux beaux portraits d'adolescents qui vont faire leurs premiers pas dans une vie d'adulte, avec une héroïne remarquable. Vive, maline et culottée, Riff est tout simplement irrésistible, qui n'aurait pas envie de faire la révolution à ses côtés ?

Le Worldshaker (et sa suite Le Liberator), de Richard Harland, un roman qui vous embarque pour une sacrée aventure dès 10 ans.

dimanche 21 mai 2017

Le loup en slip

Quand du haut de sa tanière au dessus de la forêt, le loup lance son hurlement, les animaux ont les chocottes, les foies, la pétoche, les jetons, la frousse, des sueurs froides et le trouillomètre à zéro.

Bref, vous voyez le tableau.

La forêt a peur.

Mais la peur du loup, voyez vous, c'est un business qui tourne, pièges, alarmes, clôtures, brigade ou karaté anti-loup, il y a de quoi s'enrichir pour qui a le sens des affaires.

Et puis un jour, le loup descend dans la forêt.

En slip.

Avec des rayures rouges et blanches le slip.

Vous avez déjà eu peur d'un loup en slip vous ?

Ben voilà.

Ce volume hybride, à mi-chemin entre la bande-dessinée et l'album, est une petite merveille d'humour et d'intelligence qui vient tordre le coup aux clichés sur le grand méchant loup et ce par la seule force d'une slip à rayures. Avouez que ça n'est pas commun et que ça mérite bien une petite lecture !

Le loup en slip, de Wilfrid Lupano et Mayana Itoïz, un album réjouissant à lire de 5 à 100 ans.


PS pour les grands : les amateurs de bande-dessinée auront bien sur reconnu le nom du théâtre de marionnettes de la série (excellente) Les vieux fourneaux. En cadeau bonux à la fin de l'album, on retrouvera donc deux pages dessinées par Paul Cauuet avec les trois vieux briscards héros de la série mère.

dimanche 14 mai 2017

Songe à la douceur

Il y a dix ans, Tatiana (qui en avait quatorze) a aimé Eugène (qui en avait dix-sept), mais Eugène ne voulait pas.

Et puis dix ans plus tard, les revoilà, et cette fois-ci, Eugène se dit, Tatiana, pourquoi pas ?

Le pitch du roman vous rappelle vaguement quelque chose ? 

C'est normal (ou pas, personnellement j'y connais que dalle en littérature russe), puisqu'il s'agit d'une adaptation contemporaine, et en vers libres, du roman Eugène Oneguine de Pouchkine (et de l'opéra éponyme de Tchaikovski). Mais nul besoin de connaître l'ouvre originale pour apprécier pleinement ce roman d'une infinie délicatesse où la narratrice nous présente les tourments de ses jeunes héros avec tendresse, mais aussi lucidité et juste ce qu'il faut d'humour. 

Un roman dont la poésie s'incarne dans les mots que l'on voit danser au fil des pages dans une mise en scène de toute beauté. Un roman qui nous rend amoureux de l'idée même d'amour. Enfin je voudrais souligner toute l'intelligence de la nouvelle fin imaginée par l'auteure (dans l'histoire d'origine, Tatiana, mal mariée, renonce à l'amour d'Eugène pour des raisons d'honneur et du coup tout le monde finit malheureux nous voilà bien tiens), sans céder au happy ending naïf, la conclusion version 2016 du roman de Tatiana et d'Eugène sait laisser des portes ouvertes et démontre magnifiquement l'intemporalité de leur histoire.

Songe à la douceur, de Clémentine Beauvais, une invitation vers un voyage intérieur à entreprendre dès 13 ans.

dimanche 7 mai 2017

Luna Viva

Luna a 17 ans, elle vit quasi séquestrée par un frangin psychopathe dans une roulotte au fond de la fête foraine où elle tire les cartes toute la journée. Quand nous faisons sa connaissance elle se remet tout juste d'une tentative de suicide aux barbituriques.

En résumé, la vie de Luna, c'est pas la joie.

Et puis voilà que Falcone, le chef du clan de forains de Luna, décide d'inscrire la diseuse d'avenir au grand Tournois des Voyantes. Sous la houlette d'Izabella, soeur du boss et voyante de renom, notre héroïne va parcourir un long chemin à la découverte d'elle même, des ses dons de voyance pas communs, mais aussi des dangers qui l'entourent (parce que comme dit le sage, un grand pouvoir entraîne de grandes responsabilités).

Luna Viva est un roman surprenant et captivant (ça fait bien longtemps que je ne m'étais pas couchée à deux heures du matin à cause d'un bouquin dévoré d'une seule traite) auquel je ne m'attendais guère (vu qu'une fois de plus je l'ai embarqué à la médiathèque sur la seule base de sa jolie couverture et d'un résumé lacunaire en quatrième). Situé dans un univers atypique (le monde des gens du voyage, forains, gitans, tziganes ou roms), le roman nous fait rencontrer en plus de son héroïne profondément attachante une galerie de personnages puissants et difficiles à oublier. Attention tout de même, bien qu'il s'agisse d'un roman jeunesse, la mélancolie et la tristesse profonde que se dégagent des premiers chapitres du livre (lorsque le moral de Luna est au plus bas), ainsi que la dureté des relations entre Luna et son frère aîné (le psychopathe), en font un ouvrage peu adapté aux lecteurs les plus jeunes.

Luna Viva, d'Aurélie Benattar, un roman envoûtant à dévorer dès 14 ans.

dimanche 30 avril 2017

Prince !

Prince a 8 ans (comme tous les petits garçons de son âge) et un prénom pas des plus évidents à porter. 

C'est vrai quoi, normalement, les princes c'est beau, grand et fort, et ça parcourt le monde sur un beau destrier blanc à la recherche de princesses à sauver. Mais notre Prince à nous, sa came ce sont les comédies musicales et les tartes aux fraises, autant vous dire qu'on est loin du compte. Alors pour devenir un prince, un vrai, notre héros décide de partir à l'aventure, flanqué d'une fine équipe composé de Patuta, fée bricoleuse en bleu de travail de son état, et Ragon, le dragon nain avec des yeux en forme de coeur.

Joyeux, jazzy et jubilatoire, Prince ! dépoussière les contes musicaux et redistribue les cartes de l'orchestre avec malice. Le basson lassé de jouer les grands-père incarne cette fois le héros, le tuba prête ses flonflons à la fée Patuta, et c'est une flute qui donne sa voix au dragon. Bref, tout les clichés sont mélangés et c'est pour le mieux. Cerise sur le gâteau, la narration est assurée par la formidable Nicole Ferroni, dont la gouaille fait merveille tout au long du disque. Bref, c'est un rudement chouette album que voilà, et comme le dit la chanson de nos héros,

Les cases c'est vous que ça rassure, la vie est belle hors les murs !

Prince !, composé par Sophie Boeuf et illustré par Isabelle Fournier, un conte qui enchantera les enfants dès 4 ans.

En cadeaux bonux, je vous mets la vidéo de présentation de l'album par Ferroni herself:


Et vous pouvez écouter des extraits sur le site de l'éditeur.

dimanche 23 avril 2017

Retrouve-moi dans Paris

En cinq doubles pages  fourmillant de détails, ce grand album cartonné emmène petits et grands à la découverte de la capitale. Aux lecteurs de retrouver au fil des pages les personnages emblématiques de la culture française et de la vie parisienne (de Coco Chanel à Marie Curie en passant par un des balayeurs en vert) dans un périple plein d'humour et qui ne sera pas de tout repos.

Dans la famille on a découvert les albums de Judith Drews il y a quatre ans, lors d'un voyage à Stockholm. Depuis notre collection s'est agrandie avec Berlin, puis Barcelone, et on les trouve toujours aussi chouettes. Les livres sont parfaits pour permettre aux jeunes voyageurs de s'approprier la ville, et la dizaine de petits personnages qui évoluent d'une page à l'autre amène des tas lectures différentes où l'on repérera à chaque passage de nouveaux détails.

Retrouve-moi à Paris (mais aussi à Londres, Berlin, Barcelone ou Stockholm), de Judith Drews, un voyage épatant à faire dès trois ans.



dimanche 16 avril 2017

Le labo

Des iguanodons à la spintronique en passant par le Musée du Louvre, Jean-Yves Duhoo est allé rendre visite à dix laboratoire de recherche couvrant des sujets très variés et a laissé les scientifiques lui expliquer leur métier au quotidien. Cette bande-dessinée est le compte-rendu de ces visites et mets ces travaux de recherche de pointe accessibles à tous. 

De base, Jean-Yves Duhoo n'est pas plus scientifique que ses lecteurs, mais il a réalisé un travail de transcription remarquable, réussissant à rendre compte avec clarté des enjeux associés à chacune des recherches présentée en seulement deux doubles pages, et avec même une petite pointe d'humour à la fin. Pour ceux qui veulent en savoir plus, l'album comprend également en annexe des pages qui décrivent plus en détail les sujets de recherche présentés dans la bande-dessiné. Bref, c'est clair, précis, c'est de la bonne bande-dessinée et de la très bonne vulgarisation (foi de chercheuse) et c'est à mettre entre toutes les mains .

Le labo, de Jean-Yves Duhoo, un chouette BD pour découvrir les sciences à partir de 12 ans.