dimanche 28 mai 2017

Le Worldshaker

Le Worldshaker est un navire-monde, une immense carcasse métallique qui héberge près de douze mille personnes. Ce bateau à vapeur gigantesque et en mouvement perpétuel transporte ce qui reste de l'aristocratie britannique après que des décennies de guerres aient ravagé le vieux continent. Tout en haut on y trouve les classes supérieurs, oisives et servies par le petit peuple des Larbins, créatures silencieuses et manifestement lobotomisées. Loin en bas, ce sont les Immondes, esclaves modernes enfermés dans les cales du navire et tout juste bons à le faire tourner.

Colbert (on dit Col) Porpentine a 16 ans, et il fait partie de la haute. De la très haute même, puisqu'il est destiné à prendre un jour la suite de son grand-père, commandeur suprême du Worldshaker. Mais une nuit, Col fait la connaissance de Riff (tout court), Immonde en fuite, et voilà que son monde bascule. Col va découvrir la part d'ombre de l'univers parfait où il a grandi jusqu'ici (et accessoirement que sa mamie-gâteau préférée émarge au club des joyeux psychopathes). Dans les soutes du navire la révolte gronde, que va-t-il advenir du Worldshaker ?

Voilà un très chouette roman placé dans une ambiance victorienne steampunk, mais dont les préoccupations sont profondément contemporaines. On y trouve également deux beaux portraits d'adolescents qui vont faire leurs premiers pas dans une vie d'adulte, avec une héroïne remarquable. Vive, maline et culottée, Riff est tout simplement irrésistible, qui n'aurait pas envie de faire la révolution à ses côtés ?

Le Worldshaker (et sa suite Le Liberator), de Richard Harland, un roman qui vous embarque pour une sacrée aventure dès 10 ans.

dimanche 21 mai 2017

Le loup en slip

Quand du haut de sa tanière au dessus de la forêt, le loup lance son hurlement, les animaux ont les chocottes, les foies, la pétoche, les jetons, la frousse, des sueurs froides et le trouillomètre à zéro.

Bref, vous voyez le tableau.

La forêt a peur.

Mais la peur du loup, voyez vous, c'est un business qui tourne, pièges, alarmes, clôtures, brigade ou karaté anti-loup, il y a de quoi s'enrichir pour qui a le sens des affaires.

Et puis un jour, le loup descend dans la forêt.

En slip.

Avec des rayures rouges et blanches le slip.

Vous avez déjà eu peur d'un loup en slip vous ?

Ben voilà.

Ce volume hybride, à mi-chemin entre la bande-dessinée et l'album, est une petite merveille d'humour et d'intelligence qui vient tordre le coup aux clichés sur le grand méchant loup et ce par la seule force d'une slip à rayures. Avouez que ça n'est pas commun et que ça mérite bien une petite lecture !

Le loup en slip, de Wilfrid Lupano et Mayana Itoïz, un album réjouissant à lire de 5 à 100 ans.


PS pour les grands : les amateurs de bande-dessinée auront bien sur reconnu le nom du théâtre de marionnettes de la série (excellente) Les vieux fourneaux. En cadeau bonux à la fin de l'album, on retrouvera donc deux pages dessinées par Paul Cauuet avec les trois vieux briscards héros de la série mère.

dimanche 14 mai 2017

Songe à la douceur

Il y a dix ans, Tatiana (qui en avait quatorze) a aimé Eugène (qui en avait dix-sept), mais Eugène ne voulait pas.

Et puis dix ans plus tard, les revoilà, et cette fois-ci, Eugène se dit, Tatiana, pourquoi pas ?

Le pitch du roman vous rappelle vaguement quelque chose ? 

C'est normal (ou pas, personnellement j'y connais que dalle en littérature russe), puisqu'il s'agit d'une adaptation contemporaine, et en vers libres, du roman Eugène Oneguine de Pouchkine (et de l'opéra éponyme de Tchaikovski). Mais nul besoin de connaître l'oeuvre originale pour apprécier pleinement ce roman d'une infinie délicatesse où la narratrice nous présente les tourments de ses jeunes héros avec tendresse, mais aussi lucidité et juste ce qu'il faut d'humour. 

Un roman dont la poésie s'incarne dans les mots que l'on voit danser au fil des pages dans une mise en scène de toute beauté. Un roman qui nous rend amoureux de l'idée même d'amour. Enfin je voudrais souligner toute l'intelligence de la nouvelle fin imaginée par l'auteure (dans l'histoire d'origine, Tatiana, mal mariée, renonce à l'amour d'Eugène pour des raisons d'honneur et du coup tout le monde finit malheureux nous voilà bien tiens), sans céder au happy ending naïf, la conclusion version 2016 du roman de Tatiana et d'Eugène sait laisser des portes ouvertes et démontre magnifiquement l'intemporalité de leur histoire.

Songe à la douceur, de Clémentine Beauvais, une invitation vers un voyage intérieur à entreprendre dès 13 ans.

dimanche 7 mai 2017

Luna Viva

Luna a 17 ans, elle vit quasi séquestrée par un frangin psychopathe dans une roulotte au fond de la fête foraine où elle tire les cartes toute la journée. Quand nous faisons sa connaissance elle se remet tout juste d'une tentative de suicide aux barbituriques.

En résumé, la vie de Luna, c'est pas la joie.

Et puis voilà que Falcone, le chef du clan de forains de Luna, décide d'inscrire la diseuse d'avenir au grand Tournois des Voyantes. Sous la houlette d'Izabella, soeur du boss et voyante de renom, notre héroïne va parcourir un long chemin à la découverte d'elle même, des ses dons de voyance pas communs, mais aussi des dangers qui l'entourent (parce que comme dit le sage, un grand pouvoir entraîne de grandes responsabilités).

Luna Viva est un roman surprenant et captivant (ça fait bien longtemps que je ne m'étais pas couchée à deux heures du matin à cause d'un bouquin dévoré d'une seule traite) auquel je ne m'attendais guère (vu qu'une fois de plus je l'ai embarqué à la médiathèque sur la seule base de sa jolie couverture et d'un résumé lacunaire en quatrième). Situé dans un univers atypique (le monde des gens du voyage, forains, gitans, tziganes ou roms), le roman nous fait rencontrer en plus de son héroïne profondément attachante une galerie de personnages puissants et difficiles à oublier. Attention tout de même, bien qu'il s'agisse d'un roman jeunesse, la mélancolie et la tristesse profonde qui se dégagent des premiers chapitres du livre (lorsque le moral de Luna est au plus bas), ainsi que la dureté des relations entre Luna et son frère aîné (le psychopathe), en font un ouvrage peu adapté aux lecteurs les plus jeunes.

Luna Viva, d'Aurélie Benattar, un roman envoûtant à dévorer dès 14 ans.